Banking on Climate Chaos : la nouvelle étude de 2026
Les grandes banques mondiales ont financé les énergies fossiles à hauteur de 8 700 milliards de dollars depuis l’Accord de Paris.
Dix ans après la signature de l’Accord de Paris, le soutien financier des grandes banques mondiales aux énergies fossiles ne faiblit pas. C’est ce que révèle la 17e édition du rapport Banking on Climate Chaos, publiée le 9 juin 2026 par une coalition d’ONG dont Rainforest Action Network, BankTrack, Oil Change International, Reclaim Finance, Sierra Club et Urgewald.
906 milliards de dollars en 2025
Les 65 plus grandes banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars de financement aux entreprises fossiles en 2025, soit une hausse d’environ 8 % par rapport à 2024. Ce niveau rejoint le précédent record de 2021, atteint dans le sillage de la reprise énergétique post-Covid, avant que le financement ne recule en 2022-2023 puis ne reparte à la hausse avec les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. Depuis 2016, ce sont au total 8 700 milliards de dollars qui ont été injectés dans le pétrole, le gaz et le charbon : une somme dont le rapport estime que, réorientée vers les renouvelables, elle aurait pu rendre le système énergétique mondial plus abordable, plus résilient et plus sûr.
JPMorgan Chase reste le premier financeur mondial, avec 58,2 milliards de dollars en 2025 (+12,5 %), soit environ 4,7 % du financement fossile mondial. Les douze plus grandes banques fossiles, surnommées le « Dirty Dozen », ont fourni 474,3 milliards de dollars en 2025, soit près de 40 % du total mondial, sur environ 2 000 banques recensées.
Une expansion record, concentrée sur le gaz
Plus de la moitié du financement de 2025 (508 milliards de dollars, en hausse de 27 %) est allée à des projets d’expansion, principalement aux États-Unis : nouveaux oléoducs et gazoducs destinés à l’export vers l’Europe et l’Asie, centrales à gaz pour alimenter la vague de nouveaux centres de données, ainsi que des infrastructures charbon supplémentaires, surtout en Chine.
Le financement du gaz intermédiaire et du méthane a bondi de 84 %, à 116 milliards de dollars ; les trois plus gros bénéficiaires individuels de financements bancaires en 2025 étaient tous des entreprises de ce segment. Côté charbon, le financement de l’expansion minière a progressé de 77 %, à 84 milliards, et celui des centrales de 40 %, à 81 milliards.
Une industrie rendue extraordinairement rentable
Le rapport met en avant un système qui transforme le changement climatique en source de profits considérables pour les banques et leurs actionnaires, entretenu par des subventions publiques et des événements géopolitiques. Il chiffre à plus de 50 milliards de dollars les gains des actionnaires de banques et d’assureurs après l’invasion russe de l’Ukraine, soit environ 11 % des surprofits pétroliers et gaziers de la période.
Ce système enrichit une minorité tout en fragilisant les ménages modestes, contraints de dépenser davantage en énergie ou pour se relever des catastrophes climatiques, alors que les infrastructures fossiles se révèlent de plus en plus vulnérables aux tempêtes, vagues de chaleur et épisodes de gel extrêmes.
Des trajectoires bancaires contrastées
26 des 65 banques ont réduit leur financement fossile en 2025, principalement des établissements européens (Commerzbank, Groupe BPCE, UBS et BNP Paribas en tête) ainsi que les canadiennes CIBC, Banque de Montréal et Toronto-Dominion. La Banque Postale se distingue avec un financement fossile nul en 2025. Les 39 autres banques ont au contraire accru leur soutien.
Un « oligopole » fossile et le risque de renflouements publics
Les banques américaines représentent désormais 32 % du financement fossile mondial, contre 28 % en 2021. Depuis l’effondrement de la Net Zero Banking Alliance, plusieurs grands établissements ont accéléré leurs reculs : JPMorgan Chase et Goldman Sachs ont abandonné leurs exclusions sur le charbon et l’Arctique.
Le rapport exhorte les autorités de surveillance bancaire à imposer des exigences de fonds propres plus strictes pour les prêts à forte intensité carbone et à mettre en place des plans de transition contraignants, d’autant plus que, selon l’Agence internationale de l’énergie, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables devraient atteindre 2 200 milliards de dollars en 2026, contre 1 200 milliards destinés au pétrole, au gaz et au charbon. (dg)
