Fairtrade Lëtzebuerg - Commerce équitable au Luxembourg

, par Jean-Sébastien Zippert














Photo : Des roses fairtrade venant du Kenia

Ce qui a commencé au début des années 90 dans trois petites boutiques Tiers-Monde avec deux tonnes de café est maintenant sorti de la niche : le commerce équitable au Luxembourg. Etant l’association la plus visible de ce mouvement, Transfair Minka a célébré son 25ième anniversaire en mars 2017. Suite à la volonté de renforcer et d’harmoniser le mouvement, le nom de l’association a été changé fin 2011 en "Fairtrade Lëtzebeuerg".

C’était aussi avec le soutien d’etika qu’on peux parler d’un succès continu du commerce équitable. Après avoir octroyé un crédit de pont de 20.000 euros en 2003 sur ses fonds propres, etika et la BCEE accordent à Transfair Minka un crédit de pont de 75.000 euros pour permettre à l’association spécialisée dans la promotion de produits issus de commerce équitable au Luxembourg de pourvoir à ses besoins de trésorerie. Ce crédit de pont avait été octroyé en attente du versement des subsides du Ministère des Affaires étrangères.

Une campagne intensive sur le sucre

Transfair Minka avait initié en 2003 une campagne de sensibilisation visant à informer les citoyens luxembourgeois sur la problématique des subventions accordées par l’Union européenne sur le sucre. Ces subventions sont sources de grands débats. Elles grèvent avant tout considérablement le budget de l’Union européenne financé par les contribuables de chaque pays membre. Elles ont d’ailleurs été la principale raison de mésentente lors du sommet qui clôturait la présidence luxembourgeoise en juin 2004.

Elles constituent surtout un frein très important aux exportations des producteurs des pays du Sud puisque, produit à un prix trois fois plus élevé que celui du marché mondial, le sucre européen est également subventionné pour sa ré-exportation à hauteur de 1,6 millions de tonnes - l’équivalent des importations des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Inde. Un budget d’environ un milliard et demi d’euros est ainsi versé en subventions à l’exportation.

Photo : Les producteurs de sucre au Pérou partenaires de Transfair Minka

Selon le nouveau rapport de la Confédération Oxfam International, « l’Europe a tourné le dos aux pays les plus pauvres du monde en ne proposant de réformer qu’à minima un régime sucrier déjà profondément injuste ». Ce rapport déplore l’absence de mesures propres à restaurer une concurrence loyale entre les producteurs européens - notamment français - et les producteurs les plus pauvres des pays en développement. L’Europe place les intérêts des grandes entreprises et des agriculteurs les plus riches avant les besoins des personnes les plus pauvres dans les pays en développement. Les ONG actives dans la promotion du commerce équitable reprochent à la Commission de ne pas remettre en cause le dumping existant (à l’origine de la chute des cours mondiaux) et d’empêcher par conséquent l’ouverture des marchés à ces pays. En 2002, les gouvernements du Brésil et de l’Australie ont saisi l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) d’une plainte, visant à réduire - voire à supprimer - les subventions européennes sur le sucre. Ils ont obtenu gain de cause, puisque les exportations subventionnées du sucre européen excèdent les quantités autorisées par les règles de l’OMC. La Commission veut profiter de cette condamnation pour imposer une réforme visant à rapprocher le prix du sucre européen aux prix d’échange mondiaux, en compensant partiellement cette chute de prix par des aides directes aux revenus des producteurs en Europe, ce qui défavoriserait les producteurs du Sud. De plus, les propositions de la Commission auront un effet direct sur l’environnement, parce qu’elles obligeront la concentration de la production sucrière dans quelques pays européens. Ils encourageront également un modèle de production basé sur de larges plantations, souvent au détriment des revenus et des conditions de travail des coupeurs de canne et de l’exploitation des terres. Or, la production sucrière peut jouer un vrai rôle dans le développement des pays du Sud.

Le rapport d’Oxfam cite l’exemple de la province de Sofala au Nord du Mozambique, où le nombre d’emplois a doublé depuis la réhabilitation, en 1998, de deux fabriques de sucre. En 6 ans, cette région qui était la plus pauvre, s’est transformée en l’une des plus riches du pays. Transfair Minka demande que des réformes incluant la fin du dumping aux exportations et l’accès aux marchés européens pour les pays en développement à des prix rémunérateurs soient proposées. Transfair Minka qui soutient des producteurs de sucre péruviens, demande par ailleurs que les pays ACP, qui risquent d’être les perdants d’une telle réforme, reçoivent des compensations.

Une initiative originale pour un balon de football

En dehors des produits alimentaires, Transfair Minka a introduit en 2007 la distribution de coton et (déjà en 2004) d’un ballon de football au Luxembourg. Alors que la majorité des ballons de football vendus dans le monde sont fabriqués par des enfants, le ballon promu par Transfair Minka est conçu au Pakistan par des adultes bénéficiant de bonnes conditions de travail et de rémunération. Ce revenu permet à ces personnes d’avoir accès aux microcrédits et de se mettre ainsi à leur compte en démarrant une activité de commerce ou d’agriculture. Le joueur professionnel Jeff Strasser s’est volontiers porté parrain d’une telle opération et Transfair Minka est en train de discuter avec la Ligue luxembourgeoise de football pour que ces ballons soient adoptés pour les matchs officiels.

Le Luxembourg bien placé dans la consommation de produits issus du commerce équitable

Depuis sa création en 1992, Transfair Minka/ Fairtrade Letzebuerg a développé la commercialisation de nombre de produits issus du commerce équitable, et son travail se révèle payant puisque le Luxembourg est un des pays avec la plus grande consommation de ces produits par habitant. La dernière étude réalisée par TNS-ILRES en automne 2008 sur les habitudes de consommation a révélé des chiffres très encourageants : au Luxembourg 40 % de la population achètent régulièrement voire toujours des produits labellisés Fairtrade. Ces bons résultats sont dus à l’intense travail de sensibilisation mené par Transfair Minka auprès du réseau de différents points de ventes qui vont des grands magasins comme Cactus jusqu’aux Drëtt Welt Butteker qui, comme leur nom l’indique, ne vendent que des produits issus des pays du Tiers Monde.

Photos : Deciderio Lozano Rios – producteur de café chez Oro Verde, Peru (en haut) ; La directrice de Fairtrade Lëtzebuerg, Geneviève Krol, en octobre 2016 – en compagnie de Fortin Bley, producteur de cacao en Côte d’Ivoire (en bas).

L’asbl offre du matériel pédagogique, des brochures, une DVD, des cassettes videos et cahiers documentaires (p.e. sur le café ou le chocolat).

Consultez le fair-fashion magazine pour plus d’informations sur le travail de Fairtrade dans le domaine des vêtements équitables. Vous y trouverez aussi les points de ventes aux Luxembourg.

Le 25 mars 2017 Fairtrade Letzebuerg a fêté ses 25 ans. Lire plus sur un quart de siècle d’engagements et de combats, bilan et perspectives ici.

Pour plus d’informations, contactez :

Geneviève Krol
Fairtrade Lëtzebuerg asbl
2 a, rue de la Gare
L - 6910 Roodt-sur-Syre
Tél : 35 07 62
Fax : 26 35 01 12
info@transfair.lu

article du 12 août 2005, actualisé le 28 mars 2017